Réforme de l’audiovisuel : le retour de l’ORTF
Sandrine Mazetier s’est particulièrement investie pendant les 4 semaines de bataille parlementaire sur l’audiovisuel public.
Le projet de loi, brutalement imposé par Nicolas Sarkozy, représente en effet une régression démocratique pour l’audiovisuel public qui perd son indépendance financière et éditoriale. Cette réforme coutera dès l’année prochaine 450 millions d’euros, et à terme 800 millions d’euros au contribuable. Elle se solde par l’invention de nouvelles taxes, en particulier sur tous les abonnés au téléphone. Et tout cela pour soutenir les amis du Président, à TF1 en particulier, dont les ressources publicitaires baissaient.
Un télévision sans moyen
Supprimer la publicité sur France Télévision n’a en soi rien de choquant. Mais il aurait fallu le faire progressivement, en commençant par les heures où les enfants sont devant la télévision et non le soir et la nuit. Mais surtout, il fallait garantir à France télévision des moyens pérennes pour produire des programmes de qualité. Or, rien n’est moins sûr, passé la première année de mise en œuvre de la réforme. Peu à peu, manquant de moyens, l’audiovisuel public ne pourra plus produire et diffuser de programmes de qualité, que ce soit en fiction ou en information.
Pourtant, dès le mois de janvier, c’est 450 millions d’argent public qui seront mobilisés pour remplacer les ressources publicitaires sur les chaines du service public. 450 millions d’euros qui auraient été bien plus utiles pour relancer l’économie et soutenir le pouvoir d’achat des familles. Pire, en 2011, c’est 800 millions d’€ qui seront nécessaires, soit précisément ce qui manque aujourd’hui pour équilibrer les comptes de l’Hôpital public !
Une télévision aux ordres du pouvoir
Alors que la réforme institutionnelle votée en juillet prévoit la nomination des PDG des entreprises publiques par des commissions parlementaires pluralistes, le texte voté instaure la nomination et la révocation du PDG de France Télévision, Radio France et AEF par le président de la République. Dans aucune autre démocratie, on ne trouve un tel lien entre pouvoir politique et media. Sandrine Mazetier a violemment combattu ce caricatural retour à l’ORTF.
Pour espérer maintenir ses moyens, le PDG de France Télévision devra donc courber l’échine devant les moindres desideratas de l’Elysée. Il y a fort à parier que certains journalistes, qui auront dérangé le pouvoir, se verront priver d’antenne. On émettra en haut lieu des avis sur les sujets qu’il convient de traiter au journal de 20h et sur ceux qui ne présentent pas d’interêt. Puis ce sera au tour des émissions de divertissement à qui on suggérera des invités et des sujets.
Le Président a déjà proféré des menaces contre des rédactions jugées rebelles. Ses proches émettent déjà des jugements définitifs sur les émissions qu’il serait bon de supprimer de la grille des programmes, comme le député Lefebvre, qui a violemment attaqué l’émission « service maximum » de Julien Courbet, coupable de donner des conseils au spectateur pour faire des économies, face à la crise – et donc de donner une vision trop miserabiliste de la France sous Sarkozy.
Les chaînes privées, grandes gagnantes de la réforme…
Cette situation fera de la France, l’un des seuls pays occidentaux où le fait du prince sera acté par un dispositif légal. Il n’y a que dans l’Italie de Berlusconi ou dans la Russie de Vladimir Poutine où se croisent à ce point intérêts privés et intérêts du pouvoir, tentation autoritaire et mainmise de l’état.
Les grandes gagnantes de cette réforme sont en effet les chaînes privées, qui vont hériter de tout le financement publicitaire. Des chaînes au premier rang desquelles on trouve TF1, réputée pour son amabilité à l’égard du pouvoir en place.
Le cadeau supplémentaire de la 2ème coupure publicitaire
Enfin, comme si tout cela ne suffisait pas, la réforme prévoit une deuxième coupure publicitaire dans les films pour les chaînes privées. Et pour être précis, la possibilité de coupure publicitaire de 9 minutes (au lieu de 6 initialement) toutes les demi heures. Sandrine Mazetier, très présente dans ce débat pour sauvegarder l’indépendance financière et éditoriale des médias, a participé à toutes les séances se tenant au sein de l’hémicycle pour défendre les principes fondamentaux d’un état de droit moderne, respectueux des libertés publiques.
Le groupe socialiste va déposer un recours devant le Conseil constitutionnel contre cette loi adoptée d’ailleurs à une courte majorité le 17 décembre.






