Mission « Enseignement scolaire » du Projet de loi budgétaire 2009

Samedi 15 novembre 2008

Catégorie : A l'Assemblée Nationale

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intervention Sandrine MazetierDiscours de Sandrine Mazetier, Députée de Paris, Vice Présidente du groupe PS en charge de l’Education.

Examen des crédits de la mission « enseignement scolaire », mardi 4 novembre 2008.

«Monsieur le Président, messieurs les rapporteurs, mes chers collègues,

Bis repetita placent. Si Horace a pu penser qu’en poésie la répétition pouvait toucher et convaincre, ce n’est, Monsieur le ministre vraiment pas le cas, en matière budgétaire.

Le budget Enseignement scolaire 2009 est une copie conforme de celui que vous nous présentiez l’an dernier, en pire. 13 500 postes supprimés ! il y en avait déjà 11 200 l’an dernier.

Ce budget poursuit un seul et même objectif : réduire par tous les moyens le nombre de poste dans l’Education nationale, même si cela implique

- de ne tenir aucun compte des rythmes d’apprentissage des enfants, avec la semaine de 4 jours

- de ne plus accueillir les enfants de moins de trois ans en maternelle,

- de sacrifier la formation de jeunes diplômés qu’on va mettre à la sortie de leur master devant des classes, sans qu’ils aient jamais appris à enseigner, comme si enseigner n’était pas un métier.

Non, pour atteindre cet objectif, vous ne reculez devant rien :

- ni à mettre fin au traitement de la difficulté scolaire à l’école, avec la suppression des RASED

- ni à réduire encore le nombre d’adultes présents dans les collèges et les lycées, avec des milliers de suppression de poste dans le secondaire

- ni à remettre, sur le papier, devant des classes, des enseignants dont vous savez bien qu’ils n’y resteront pas une semaine !

Il y a en revanche des choses auxquelles vous avez manifestement renoncé :

- le remplacement des professeurs malades : il faut aujourd’hui en effet un congé maladie d’au moins 15 jours pour qu’un enseignant en collège soit remplacé

- une vraie modulation des effectifs des classes en fonction des besoins et des publics des établissements, comme si tous les établissements et si tous les élèves étaient les mêmes

- à attaquer les inégalités de destin scolaire à la racine, dès le plus jeune âge et dans les territoires où elles se creusent,

Mais surtout, vous avez renoncé à réformer l’école avec la communauté éducative et les parents d’élèves.

L’ensemble des réformes que vous avez menées au cours de l’année qui vient de s’écouler ont en effet deux points communs :

- elles ont été conçues et conduites unilateralement par votre cabinet, sans souci de concertation avec les différents acteurs concernés,

- elles appliquent des règles générales et abstraites à des établissements, des élèves et des situations très diverses.

Ainsi, en a t il été de la suppression de l’école le samedi matin annoncée un beau jour sans que les collectivité locales en aient été prévenues et aient pu l’anticiper. Comme il en fut du soutien scolaire, du bac professionnel, de la carte scolaire, de la réforme du lycée, du service minimum, des programmes , de la fin des IUFM, des heures supplémentaires, etc…J’arrête cette fastidieuse litanie.

Elle n’était faite que pour rappeler votre méthode : passer du coq à l’âne, multiplier les annonces, faire semblant de résoudre des problèmes qui ne se posent pas pour éviter de traiter les vrais problèmes que rencontre l’école.

Et nous, nous ne les ignorons pas. c’est pourquoi nous formulerons pendant ce débat des propositions alternatives à celles que vous nous présentez :

- par exemple celle d’investir massivement dans la maternelle au lieu de la caricaturer, pour garantir l’accueil de 100 % des enfants de 3 ans et accueillir les moins de 3 ans parce que c’est à 2 ans, à l’âge de l’apprentissage de la langue qu’il faut agir et tout particulièrement pour les enfants dont le premier bain linguistique n’est pas le français.

- nous proposons de maintenir les réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté RASED. ces 3000 postes que vous supprimez, ce sont 3 000 professeurs des écoles qui se sont formés spécifiquement à identifier et résoudre les blocages et les difficultés d’apprentissage des enfants, Et chacun sait ici – à part peut être vous, Monsieur le ministre, que ces blocages dépassent très largement le problème de compréhension momentanée que vous évoquiez ici même la semaine dernière en réponse à une question d’actualité du groupe socialiste.

Avouez qu’il y a quand même un paradoxe à supprimer les RASED qui accompagnent les enfants individuellement ou en tout petit groupe dans le temps scolaire et au sein même de leur école et à maintenir les dizaine de millions d’euros de cadeaux fiscaux aux familles qui font appel à des officines privées de cours particulier à domicile. je le rappelais la semaine dernière en commission : le marché de la peur scolaire, a généré en 2007 plus de 160 millions d’euros de volumes d’affaires aux 6 principales enseignes du marché ! La moitié de cette somme permet largement de maintenir les 3000 postes de RASED et de perenniser les AVS et les EVS, ce que nous demandent instamment et les familles et les chefs d’établissements.

- Nous proposons de donner de vrais moyens à l’éducation prioritaire au lieu de dépenser des centaines de millions en heures supplémentaires saupoudrées à l’aveugle partout sur le territoire, ou, comme vous le faites, avec un sens aigu de l’ironie, de subventionner généreusement la création d’établissements privés dans des quartiers populaires ou vous réduisez les moyens de l’école publique.

Vous n’êtes d’ailleurs pas très optimiste sur le dispositif des heures supplémentaires, que les enseignantrs ne prennent ni facilement, ni massivement, et d’autant moins, d’ailleurs, qu’ils exercent dans des établissements difficiles.

C’est ainsi que vous ne prévoyez que 13 millions d’euros pour la prime spéciale créée pour les enseignants qui assurent au moins 3 heures supplémentaires. Parce que vous savez que moins de 5 % des enseignants du secondaire sont prêts à assumer un service plus alourdi; soit, comme vous avez coutume de le dire, « pas l’épaisseur d’un trait ».

Vous le constaterez, contrairement aux votres, nos propositions ne s’adressent pas à une école abstraite, à des élèves désincarnés. Elles se penchent sur la diversité des établissements, des enseignants, des élèves, des besoins de chacun.

Nous avons en effet la ferme conviction que pour garantir la réussite éducative de tous, il faut s’interesser à chacun, qu’il faut accompagner chaque élève en fonction de son histoire et de son rythme d’apprentissage, sortir des carcans, des statistiques et des standards généraux qui ne correspondent à aucune réalité. Qu’il faut faire confiance aux enseignants et à la communauté éducative dans son ensemble pour faire ce travail.

La crise de l’école dont on nous rabat les oreilles depuis des années, c’est d’abord et avant tout une crise de confiance dans l’école. Or rien, dans vos annonces, dans vos décisions, ne vient restaurer cette confiance et apaiser un climat qui s’est terriblement alourdi en quelques années.

Vous n’êtes naturellement pas responsable, Monsieur le ministre, du drame épouvantable qu’a constitué le suicide à l’issue de sa garde à vue d’un enseignant de 38 ans mis en cause par un élève du collège l’Aisne en septembre dernier, pas plus que vous n’êtes responsable des agressions d’enseignants qui se multiplient, qu’elles soient le fait de parents d’élèves ou même maintenant d’élèves mineurs.

Mais ces drames témoignent d’un climat de défiance, voire d’hostilité à l’égard du monde enseignant. Et on ne peut pas s’empêcher de penser qu’un discours lancinant, toujours négatif sur les performances de l’école, que des caricatures sans cesse véhiculées sur les enseignants, qui seraient par principe opposés à toute réforme contribuent à alourdir ce climat.

Alors, pour ne pas achever mon intervention sur une tonalité trop sinistre : ce budget n’est pas voté ! Il est encore temps, Monsieur le Ministre, de revenir sur des décisions peut être un peu hâtives, sur des mesures peut être un peu schématiques,

Nous vous proposons quelques amendements, peu nombreux, mais très importants. Ils ne représentent pas un euro de plus, aucune dépense supplémentaire, mais ils permettraient de sortir du prêt-à-porter et du prêt-à-penser sur l’école pour faire du sur-mesure.

Permettez moi aussi d’évoquer deux bonnes nouvelle de l’année qui vient de s’écouler :

La Palme d’or décernée à Cannes au film de Laurent Cantet d’après le livre de François Begaudeau « Entre les murs » . Ce film est d’abord et avant tout une oeuvre cinématographique. Mais elle a aussi valeur de témoignage :

- sur la réalité du quotidien d’un enseignant face à sa classe dans un collège dit difficile – et près d’un collège sur 5 est aujourd’hui dans cette situation en France

-sur la réalité des élèves d’aujourd’hui, de leur envie d’apprendre, de leurs difficultés, de leurs histoires.

Cette oeuvre témoigne enfin du formidable potentiel de l’école, dès qu’on pose sur elle un regard bienveillant. Et bienveillance ne signifie pas complaisance.

La deuxième bonne nouvelle, c’est que ce film classé Art et essai a dépassé 1 million 200 000 entrées au box office il y a 15 jours. Ce qui montre l’intérêt et l’attachement indefectible de nos concitoyens à leur école, à l’école de la république aujourd’hui, loin de toute nostalgie et de tout fantasme. En prise avec le réel. Avec tout l’espoir que nous mettons en elle pour nos enfants et pour l’avenir de notre pays.

Alors mes chers collègues, Monsieur le Ministre, à votre tour de témoigner de votre confiance, et de votre espoir. Votez les amendements du groupe socialiste.