Le PS surfe sur « Welcome »
Quand le PS s’inspire du septième art… Cette semaine, l’Assemblée nationale examinera en commission une proposition du loi du groupe socialiste, baptisée Welcome, du nom du film de Philippe Lioret qui raconte l’aide apportée par Simon Casas (joué par Vincent Lindon) à un jeune clandestin kurde prêt à traverser la Manche à la nage.
Poussé par le succès du film (environ 800 000 entrées), le PS entend abolir ce qu’il qualifie de « délit de solidarité », à savoir la peine encourue par toute personne apportant son aide à un étranger en situation irrégulière.
Après avoir auditionné le réalisateur, une délégation socialiste conduite par le député de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg, s’est rendue jeudi à Calais (Pas-de-Calais). Tous les soirs, les bénévoles y distribuent des repas aux réfugiés, un acte humanitaire mais illégal. Ce soir-là, au moins 500 clandestins arrivent par petites grappes près du port. Les Somaliens, d’un côté, les Soudanais de l’autre mais aussi des Afghans et des Kurdes qui attendent de passer, dans n’importe quelles conditions, en Angleterre. Une longue file d’hommes jeunes, la plupart en guenilles et noirs de crasse, se forme ainsi sur les quais devant des députés stupéfaits.
Les condamnations sont rarissimes
Une voiture de police passe, donne un coup de gyrophare et poursuit son chemin. « Notre action est tolérée, explique Jean-Pierre Leclercq, de l’association Salam. Mais on n’est pas tranquilles. La loi est menaçante. C’est comme une épée de Damoclès. » Le 18 février, une bénévole de Terre d’errance s’est ainsi retrouvée en garde à vue après avoir aidé des clandestins, en rechargeant notamment leur portable. Une procédure qui, aux yeux de Sandrine Mazetier, membre de la délégation, relève d’un « climat d’intimidation » favorisé par « la politique du chiffre ».
« Le ministère a un objectif de 5 000 interpellations d’aidants pour cette année », s’insurge la députée de Paris. Pour Goldberg, il est donc urgent de changer une loi qui « ne fait pas de distinction entre les réseaux criminels des passeurs et la solidarité des associations ou des simples particuliers ». Il propose, entre autres, de dépénaliser toute aide « lorsque la sauvegarde de la vie ou l’intégrité physique est en jeu ». Est-ce bien utile ? Les condamnations à des peines de prison ou même des amendes pour « délit de solidarité » sont rarissimes.
Eric Besson, le ministre de l’Immigration, défend mordicus une loi faite « pour lutter contre les filières et les passeurs ». Invité, aucun député UMP n’a accepté de se joindre à cette délégation, dont la proposition n’a pas vocation à régler le cas épineux de ces réfugiés. « La priorité, aujourd’hui, ce sont les migrants eux-mêmes. Pas les aidants », insiste Francis Geste, un bénévole. Près de 1 700 clandestins erreraient à Calais mais aussi, depuis la fermeture du hangar de Sangatte par Nicolas Sarkozy en 2002, dans les villes environnantes. Un terrain sur lequel le PS, où l’immigration est un sujet brûlant, hésite encore à s’engager.
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