Guadeloupe, le retard coupable de l’exécutif
Une fois n’est pas coutume, Nicolas Sarkozy d’ordinaire si prompt à réagir et à intervenir à tout bout de champ et parfois sur des sujets bien dérisoires, a attendu plus d’un mois avant de sembler prendre la mesure de l’ampleur des événements se déroulant en Guadeloupe : une grève générale depuis début janvier et presque chaque jour des dizaines de milliers de manifestants protestant pacifiquement contre le prix des biens de consommation courante disproportionnés, un chômage endémique à plus de 20% et un sentiment jamais démenti d’injustice sociale.
C’est seulement le jeudi 21 mars, après de terribles nuits d’émeutes et la mort tragique d’un leader syndical que le Président de la République a réuni les élus des DOM afin de faire le point sur une situation rendue d’autant plus délicate par l’attentisme des pouvoirs publics.
Christian PAUL, député de la Nièvre, ancien secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, au nom du Parti socialiste a fait la déclaration suivante au terme de cette réunion :
« Rompant un trop long silence, le Président de la République a tenté aujourd’hui une session de rattrapage avec les outre-mers.
S’il a rappelé à juste titre la nécessité du retour à la paix civile, tout indique que ses annonces ne sont pas à la hauteur de la crise sociale et des attentes exprimées.
La proposition d’une prime à caractère provisoire, dont le montant non fixé reste à négocier avec les entreprises, constitue une demi-mesure. Elle parait précaire, approximative et donc peu susceptible d’être entendue.
Ces annonces constituent au mieux le point de départ d’une nouvelle négociation. Le retour au dialogue est en effet indispensable.
Les Etats généraux ne doivent pas viser à diluer les revendications sociales et salariales.
Face à des systèmes économiques à bout de souffle, notre République doit aider à l’émergence de nouveaux modèles de développement pour les outre-mers, qui ne se décrètent pas depuis Paris et dont les principaux acteurs doivent être les citoyens et leurs élus.
Rien ne serait pire que de susciter l’espoir sans en proposer les moyens durables. Aussi, le Parti Socialiste appelle à participer à la mobilisation prévue samedi place de la République à 14h. » Quant aux élus socialistes et apparentés d’outre-mer, la veille de leur réception par Nicolas Sarkozy, ils ont été reçus par Martine Aubry et ont fait ce communiqué de Presse :
Paris, 19 février 2008
Pourquoi les élus socialistes et apparentés d’outre-mer acceptent de venir rencontrer le Président de la République ?
Invités par le Président de la République à venir exposer à Paris les problématiques ultra-marines, les élus socialistes et apparentés ont décidé de répondre positivement, tout en déplorant que celui-ci n’ait pas jugé utile de prendre position face à la crise actuelle. Celle-ci dure déjà depuis plus d’un mois et révèle une réalité structurelle dont les racines sont profondes.
Les élus demandent au Président de la République de prendre en urgence les mesures nécessaires pour sortir de la crise actuelle en outre-mer : augmentation du pouvoir d’achat et des salaires pour les plus modestes ; lutte contre la vie chère. Ils attendent notamment de celui-ci, l’annonce solennelle que l’Etat respectera sa parole et qu’il signera le pré-accord intervenu le 8 février dernier en Guadeloupe.
A défaut, les élus socialistes et apparentés d’outre-mer considéreront que le gouvernement ne donne pas les signes d’un changement réel de sa politique outremer. Aussi, ils affirment l’impérieuse nécessité de réécrire la loi de développement de l’outre-mer : d’une part pour lui permettre de répondre aux problématiques urgentes à laquelle les populations d’outre-mer sont confrontées, d’autre part pour engager un débat de fond sur les évolutions qui s’imposent.
Jean-Etienne Antoinette, sénateur de Guyanne
Chantal Berthelot, députée de Guyane
Jean-Claude Fruteau, député de la Réunion
Jacques Gillot, sénateur de Guadeloupe
Serge Larcher, sénateur de Martinique
Patrick Lebreton, député de la Réunion
Serge Letchimy, député de Martinique
Albert Likuvalu, député de Wallis et Futuna
Claude Lise, sénateur de Martinique,
Victorin Lurel, député de Guadeloupe
Louis-Joseph Manscour, député de Martinique
Jeanny Marc, députée de Guadeloupe
Cathérine Neris, députée européenne, Martinique
Georges Patient, sénateur de Guyane
Christiane Taubira, députée de Guyane






