Discours des voeux 2009 de Sandrine Mazetier à la résidence universitaire Citeaux

Samedi 24 janvier 2009

Catégorie : En circonscription

Madame La Maire,

Mesdames et Messieurs les élu-e-s,

Mesdames, Messieurs, chers amis

résidence universitaire CiteauxJ’ai beaucoup de plaisir à vous accueillir dans ce magnifique restauU du Crous de Paris où j’ai fêté ma victoire il y a 18 mois.

Cette soirée de voeux se tient dans un contexte particulier.

Nous sommes à la veille de l’investiture de Barak Obama et avec son élection le 4 novembre dernier, un espoir s’est levé à l’Ouest pour le monde et ce malgré la crise financière, économique et sociale qui sévit partout.

Mais en Orient et singulièrement au Proche Orient, l’horizon s’est terriblement obscurci. Même si le cesser-le-feu de ce week-end constitue un espoir. Nous avons tous éprouvé une grande émotion face à cette nouvelle guerre au Proche-Orient et de la compassion pour les populations endeuillées et les victimes. Aussi je voulais partager avec vous l’opinion des députés et des parti socialiste à ce sujet, telle qu’elle s’est exprimée à travers des communiqués et des expressions à l’Assemblée nationale et cet après midi encore lors des vœux de Martine Aubry , qui rappelait que la France compte l’une des plus importante communauté juive d’Europe, mais aussi une communauté arabe ou d’origine arabe les plus importante d’Europe.

Rappelons nous l’infernal enchainement :

L’intifada, la guerre en Irak, la construction du mur, le retrait de Gaza, la victoire électorale du Hamas, l’affrontement entre le Hamas et l’autorité Palestinienne, l’enlèvement du soldat Israélien Guilad Shalit, l’assassinat d’autres, le blocus de Gaza, ou la guerre du Liban.

La logique est là, implacable, inextricable, imbriquée dans une descente aux enfers rythmée par des attentats suicides, des tirs de roquettes contre Israël et des ripostes de l’armée Israélienne. Elle provoque un chaos régional, la mort et la destruction. Le Proche-Orient est une plaie ouverte au flanc du monde.

Évidemment le Hamas a rompu la trêve. Et lorsque l’on rompt une trêve ce n’est pas pour faire la paix.

Assurément la réponse d’Israël a été d’une violence implacable, lorsqu’on intitule son opération militaire « Plomb durci » ce n’est pas tout à fait pour tendre la main.

Évidemment le Hamas réagissait à un blocus qui disait prendre sa source dans les attentats suicides et les tirs de roquettes. Mais le blocus était là avec son cortège de souffrances, de privations et de rancoeurs. Le Parti socialiste a condamné successivement et les tirs de roquettes et l’intervention Israélienne.

Mais la question n’est pas de distribuer les responsabilités d’hier mais de prendre nos responsabilités pour distinguer et proposer.Le cesser-le-feu, récent est fragile, mais il peut constituer une opportunité. C’est pourquoi il faut dire en France et hors de France : il n’y a pas de peuple juif ni de peuple palestinien collectivement responsable.

Dire en France et hors de France, Israël ne vivra pas en paix en faisant la guerre. Mais dire aussi ce n’est pas en proposant au peuple juif le cercueil ou la valise que les Palestiniens obtiendront un état palestinien.

Dire encore et toujours qu’il n’y a pas de solution militaire. Nous le savons. Une grande partie de la classe politique Israélienne, particulièrement la droite Israélienne pense l’inverse. Mais cette vision n’était pas celle d’Itzhak Rabin, pas plus qu’elle n’est aujourd’hui celle de toute la société Israélienne. Et c’est l’honneur de la démocratie Israélienne que de permettre ce débat.

Mais dans le même temps le Hamas croit pouvoir réactiver «Septembre noir», ce tragique épisode de 1970 où le Fatah fut défait militairement et vainqueur politiquement.

Ce sont des stratégies parfois suggérées par des puissances régionales, parfois motivées par des agendas Américains, Européens voire des opportunités électorales, parfois tout en même temps, mais elles ne règlent rien. Et ne font que créer les conditions du conflit suivant, avec toujours plus de victimes. Nous le savons, il n’y a de solution durable et juste que politique.

Israël doit revenir à l’intuition fondamentale d’Itzhak Rabin : « Je combattrai le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix, mais je poursuivrai le processus de paix comme s’il n’y avait pas de terrorisme ». Combattre les attaques du Hamas contre son territoire n’empêche pas de discuter simultanément les conditions de la paix, avec les interlocuteurs réels du camp d’en face.

Mais de même, la division du peuple Palestinien, son affrontement militaire interne ne renforce pas sa cause. Quant à l’objectif de destruction de l’État d’Israël pour instaurer un Etat peut-être islamique aux portes l’Europe, ce projet porté par la Charte du Hamas, mais plus tout a fait , semble t-il, par tous les responsables du Hamas, est inacceptable. Il est en outre source de souffrances pour le peuple Palestinien. Yasser Arafat avait su rompre avec la Charte de l’OLP qui préconisait la destruction de l’État d’Israël, pour avancer vers la paix et l’État Palestinien.

La seule solution est connue et reconnue.

François Mitterrand l’avait affirmé à la tribune de la Knesset en 1982: il n’y a pas d’autre solution au Proche-Orient qu’une paix juste et durable sur la base d’une double exigence, le droit de l’État d’Israël à l’existence et à la sécurité, et le droit des Palestiniens à un véritable Etat viable dans lequel ils pourront mener une vie digne, et garantir pour Israël comme pour la Palestine l’assurance de vivre en sécurité à l’intérieur de frontières reconnues internationalement.

Cette vision de la paix a pour fondement la légalité internationale construite par l’ensemble des résolutions des Nations-Unies, . Cet objectif ne peut être atteint que par des négociations de paix entre les deux parties. L’urgence etait le cessez-le-feu,- il existe depuis hier, il est fragile – le retrait des troupes de Gaza, l’envoi d’une force internationale protégeant les populations et garantissant la sécurité de tous.Formulons le souhait que cette trêve permette la relance d’un processus de paix

C’est pourquoi nous préférons, l’action de la France aux Nations-Unies quand elle fait voter un cessez-le-feu au cavalier seul du Président de la République au Proche-Orient qui a précédé ce vote.

Il faut jouer plus nettement la carte d’une solution globale portée conjointement aux Nations Unies par l’Europe et les États-Unis.

Ce cavalier seul contradictoire avec la nécessité et la volonté de bâtir une politique étrangère européenne.

C’est précisément face à la crise que se saisit ou se perd l’occasion de cette affirmation et de cette émergence. La question du rôle et de la place de l’Europe dans le monde dépend moins, en vérité, des avancées institutionnelles et juridiques dont nous ne cessons de débattre que de ce qui se construit, se cristallise dans des épreuves comme celle que nous sommes en train de traverser. C’est dans ces moments là que l’image de l’Europe – puissance politique intégrée ou simple zone de coopération économique – se constitue pour ses propres peuples et pour le reste du monde.

En cette année d’élection européenne, il était important de le rappeler.

Un mot enfin sur ceux qui veulent instrumentaliser le conflit ici. La dispersion de la dernière manifestation place de la Nation s’est faite dans des conditions contestables, et j’ai d’ailleurs écrit au préfet de police pour l’interroger à cet effet. Mais rien ne peut justifier qu’un magasin ou qu’une pharmacie soit vandalisée, comme ça a été le cas place de la Nation. Et au delà de ces incidents qui se sont produits dans notre arrondissement, je veux dire en votre nom que nous condamnons tout acte antisémite avec la dernière des énergies. que nous condamnons tous ceux qui veulent ajouter à la guerre là bas, la haine ici.

Notre communauté nationale n’est pas ennemie des communautés, mais elle n’est pas leur juxtaposition, elle est encore moins une addition de drapeaux de nations en guerre. Elle n’en a qu’un, il est bleu/blanc/rouge et c’est celui de la République.

Cela me fournit une excellente transition avec l’un des sujets que je voulais particulièrement aborder : l’éducation, l’école de la République justement. Elle est sans cesse déstabilisée et remise en cause par ce gouvernement.

Depuis 2003, les budgets se suivent et se ressemblent : ils ont un seul et même objectif : réduire par tous les moyens le nombre de poste dans l’Education nationale, même si cela implique

- de ne tenir aucun compte des rythmes d’apprentissage des enfants, avec la semaine de 4 jours

- de ne plus accueillir les enfants de moins de trois ans en maternelle, à Paris c’est impossible depuis longtemps.

- de sacrifier la formation de jeunes diplômés qu’on va mettre à la sortie de leur master devant des classes, sans qu’ils aient jamais appris à enseigner, comme si enseigner n’était pas un métier.

Tout est bon pour atteindre cet objectif,

- la suppression programmée des RASED

- la réduction du nombre d’adultes présents dans les collèges et les lycées, avec des milliers de suppression de poste et donc d’heure d’enseignement dans le secondaire. le lycée Paul Valery a ainsi vu fondre sa dotation horaire de 30 % en quelques années, alors que les effectifs restent les mêmes, et que cet établissement est le seul du district qui refuse de sélectionner ses élèves et donc accueille des élèves de toute catégorie sociale, de bons élèves, comme des élèves en difficulté. Et bien il est traité à la même enseigne que Henri IV! L’ensemble des réformes menées le sont sans concertation avec les différents acteurs concernés, et pour cause, la communauté éducative est dans l’esprit du ministre au mieux le parti de l’immobilisme, au pire constitué d’enseignants dont l’unique obsession serait de faire grève pour empoisonner la vie des parents d’élèves.

Les réformes se sont enchainées et accumulées sans concertation: suppression de l’école le samedi matin annoncée un beau jour sans que les collectivité locales en aient été prévenues et aient pu l’anticiper. Comme il en fut du soutien scolaire, du bac professionnel, de la carte scolaire, de la réforme du lycée, des programmes , de la fin des IUFM, des heures supplémentaires, etc…Tout est bon pour avoir l’air d’agir quand la seule action est la réduction des moyens et la stigmatisation de la communauté éducative

C’est ainsi qu’a été voté un texte éminemment idéologique, inutile et dangereux instaurant le service minimum à l’école. texte qui a en moins de 6 mois démontré qu’il était inapplicable, des plus petites communes aux grandes villes. Alors la colère monte et la mobilisation s’organise.Et c’est grâce à elle que se gagnent les batailles. Cela fait partie des bonnes nouvelles de la fin de l’année 2008 et de ce début d’année 2009 : la prise de conscience, la mobilisation peuvent être longue mais elles produisent des résultats.

Sur l’école, elle a été particulièrement longue- et je salue les parents d’élèves, les enseignants, les élèves qui y ont contribué.

je pense en particulier dans la circonscription, à tous ceux qui, plusieurs semaines durant ont alerté l’opinion en bloquant 1/2h ts les jeudis matins le bd soult devant Paul Valery. Je pense aussi à ses professeurs des écoles RASED, venus à l’Assemblée le jour de l’examen du budget. Dans la délégation, il y avait une RASED du 12ème qui couvre à la fois le 315 Charenton, Wattignies et Baudelaire.Et que j’ai d’ailleurs vue lundi matin, en intervenant dans une classe de l’école Wattignies qui participe au Parlement des enfants. Je pense aussi au travail patient et quotidien des enseignants, des directeurs d’école et ou principaux de collège, qui oeuvrent à faire de leur élèves de futurs citoyens, comme Michel Lévy à Wattignies, ou Mme Gliott, collège Jules verne où je suis intervenue il y a quelques semaines sur l’Europe, ou à Paul Valery, plus récemmment encore à l’occasion du 60ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Les signes de cette prise de conscience de l’opinion publique, je les ai vus dans le succès de ces nuits de l’école, organisées par les parents d’élève d’école primaire – et qui d’ailleurs a lieu le 23 janvier dans quelques écoles de l’arrondissement, à l’initiative de la FCPE (et je salue Pierre Emmanuel Charron), mais aussi dans le succès au box office au film de Laurent Cantet « Entre les murs » . Palme d’or à cannes. Ce film avant tout une oeuvre cinématographique. a aussi valeur de témoignage sur la réalité du quotidien d’un enseignant et d’un collège parisien dit difficile – et près d’un collège sur 5 est aujourd’hui dans cette situation en France, sur la réalité des élèves d’aujourd’hui, de leur envie d’apprendre, de leurs difficultés, de leurs histoires.

Cette oeuvre témoigne enfin du formidable potentiel de l’école, dès qu’on pose sur elle un regard bienveillant.

Ce film classé Art et essai a fait près 1 million 600 000 entrées de septembre à décembre : autant que la Momie et 2 fois + que john Rambo !. Cela montre l’intérêt et l’attachement indéfectible de nos concitoyens à leur école, à l’école de la république aujourd’hui, loin de toute nostalgie et de tout fantasme.

Cette prise de conscience, ces mobilisations ont fait basculer l’opinion et donc les sondages. et donc le gouvernement : report de la réforme du lycée, lancement d’une mission sur le lycée, confiée au directeur de Sciences Po-Paris Richard Descoings, nomination de Martin Hirsch à la jeunesse, décision de revenir sur la moitié des sédentarisations des RASED prévues…mais attention,la partie est loin d’être gagnée. Car plus le temps passe, plus le gouvernement et singulièrement le Pt de la république cherche à abattre les éléments de résistance qui s’oppose à lui.

Sur l’école, c’est lors de ses vœux aux enseignants à Saint Lô que cela s’est manifesté de la manière la plus éclatante. Bourgade tranquille de la Manche, elle a accueilli quelques milliers de manifestants a cette occasion, mais 2 fois plus de CRS !

Durant son discours, supposé être adressé à la communauté éducative, Nicolas Sarkozy n’a en effet pas dit un mot sur le collège, pas un mot sur le lycée professionnel, pas un mot sur la formation des maîtres. En revanche, au moins huit manifestants ont été légèrement blessés et une dizaine d’autres interpellés.

C’est comme ça que le Pt voit la France : derrière des rangées serrées de force de police. Et si elle ne se tait pas, tous les moyens sont réunis pour tenter de la faire taire. C’est vrai de tous les contre pouvoirs, insupportables au chef de l’Etat : les médias, la justice, les associations, les syndicats, et bien sur, l’opposition.

C’est ainsi qu’après avoir passé trois semaines à batailler dans l’hemicycle sur l’audiovisuel public, et enchainé sur un début de bataille sur le dimanche, nous venons de passer la semaine dernière, week-end compris, à tenter de préserver notre droit d’expression, notre temps de parole, notre droit d’amendement. On nous parle d’obstruction : nous faisons juste notre travail ! Avec la réforme des collectivités locales, le même discours s’installe au sommet de l’Etat. On nous explique qu’il y a un empilement inefficace, trop d’échelon, de niveau entre les communes, les départements, les régions…En réalité, l’échelon de trop, pour Nicolas Sarkozy, c’est celui qu’il ne maitrise pas. Et pour être sur de reprendre la main sur les CL, la droite va tenter de changer le mode de scrutin. Idem pour le redécoupage électoral. La démographie voudrait qu’on supprime au maximum 2 circonscriptions à Paris. Et bien le gouvernement veut en supprimer 3. Parce que les circonscriptions les moins peuplées à Paris, sont à l’Ouest. Bref, j’aurais pu évoquer 1000 autres sujets qui inquiètent nos concitoyens et qui nous mobilisent: la crise, le pouvoir d’achat, l’emploi, le logement…

Mais je suis déjà trop longue. Je vais donc conclure justement sur une des bonne nouvelle de précisément liée au recensement : le fait que Paris a dans les 8 dernières années, inversé une tendance cinquantenaire qui voyait sa population diminuer de recensement, en recensement. C’est désormais l’inverse. Entre 1999 et 2006, Paris a gagné 112 000 habitants. Et le 12ème près de 5000. C’est un encouragement à tous ceux qui comme vous s’engage pour vivre la ville, faire de notre société urbaine une civilisation urbaine, tisser du lien, participer.

C’est pourquoi je voulais vous remercier et vous inviter à ne pas baisser la garde sur le travail le dimanche. Le texte est reporté, il n’est pas retiré. Et sans dimanche, comment maintenir et faire progresser encore l’engagement citoyen, la convivialité des fêtes de quartier, la vie associative, la vie de famille !

Voilà, merci encore. Permettez moi de remercier mes collaborateurs, Catherine, Richard, Jérôme, sans qui ce travail ne serait pas possible.Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2009, pour vous et vos proches.

Et je vous souhaite de beaux dimanches pour profiter d’eux, vous reposer, vous aérer, vous cultiver… et le cas échéant, avec moi, battre le pavé…